AIMEZ-VOUS POUR DE VRAI ?

« La bonté en parole amène la confiance.
La bonté en pensée amène la profondeur.
La bonté en donnant amène l’amour. »

Lao-Tseu



Pourquoi mon métier de praticienne en médecine traditionnelle chinoise m’amène à parler d’amour ? Parce que la plupart des déséquilibres énergétiques sont soit dus directement soit amplifiés par des facteurs émotionnels. Je travaille à rétablir les équilibres rompus mais je ne peux agir sur les peurs, les souffrances, les frustrations, les rancunes, les ruminations,… seule. Alors quoi faire ? Entrouvrir une porte…

Ces douleurs sont notre façon d’exprimer notre quête d’amour. Cette recherche n’est donc pas l’apanage des célibataires, de ceux qui n’ont pas d’amis, pas de famille,… Nous sommes tous concernés. Oui oui, même ceux qui disent avoir  « des amis solides sur qui compter », « un mari exceptionnel », « une femme avec qui la relation est fusionnelle »…

Pourquoi ? Parce que ces affirmations sont le signe que nous tissons tranquillement mais sûrement les fils de l’attachement et nous nous éloignons ainsi de l’amour.


L’ATTACHEMENT OU L’AMOUR EGOISTE

Nous confondons l’attachement profond, éperdu, viscéral et l’amour. Nous cultivons cet attachement pensant nourrir notre amour de l’autre et au fil du temps nous n’aimons plus et ne sommes plus aimés en retour, nous sommes mutuellement ligotés !

Mais cet attachement est si facile à mettre en œuvre, et si rassurant. Que c’est sécurisant de se sentir fusionner avec l’autre, de fondre notre ego avec le sien, nous exprimons ainsi notre égoïsme de façon décomplexée, assumée voire justifiée puisque partagé ! Et si c’est dans cette optique sécuritaire que l’on se lie par le mariage, un contrat, un engagement nous croyons nous mettre à l’abri. Mais à l’abri de quoi au juste ? De nos peurs ! Celles de la séparation, de l’échec, de la perte, de l’humiliation, du rejet… Ces peurs sont issues de notre vécu, et nous comptons sur les relations affectives pour nous en protéger.

Nous attendons de cet attachement qu’il soit un remède contre la source d’insécurité dont notre apparence physique peut être porteuse. « Je ne suis pas belle », « je suis trop grosse », « je suis trop vieille », « je n’ai plus de succès auprès des femmes », « je suis moins performant »,… Tout ça c’est pour ne pas oser se dire « je ne suis pas digne d’être aimé ».

Si l’autre prononce des paroles rassurantes (sécurisantes !) nous croyons nous sentir mieux mais nous sommes emprisonnés par l’attachement. Nous devenons dépendants de l’autre.

L’attachement va ainsi se construire par le contrôle, nous allons chercher à ce que les autres soient comme nous voulons qu’ils soient, selon nos valeurs, convictions, croyances, principes, espoirs… Ce contrôle c’est comme une protection que nous voulons déployer « pour leur bien », il nous donne l’illusion d’acte de bienveillance, d’amour.
L’autre doit agir conformément à nos attentes, nos besoins, nos exigences, nos désirs… En procédant ainsi, nous ne développons qu’une chose, notre ego.
Cette volonté de maîtrise est une forme de pouvoir, de domination, de prison qui donnera à la longue l’envie à l’autre de se rebeller voire de se sauver !
Ce n’est pourtant pas le résultat recherché puisque le contrôle s’installe pour répondre à la peur de ne pas être aimé et où « je t’aime » signifie en définitive « aime-moi ».

Au fil de notre attachement, nous créerons l’illusion de donner une forme concrète, matérielle à l’amour au travers d’une construction (voire d’une crispation !) mentale raisonnée et… raisonnable.

L’attachement induit des actes et des paroles malhonnêtes comme la promesse « d’amour toujours » au lieu « d’amour tout court ». Tout comme le manque de l’autre est une déformation et une vision étriquée de l’amour, la jalousie est une distorsion de l’amour voire une insulte à l’amour.

Le besoin d’exclusivité, la crainte de la séparation ou de la trahison, la méfiance, les soupçons nous transforment en mendiants de l’amour, en dépendants égocentriques ! Non, nous ne sommes pas l’être le plus important du monde.

Donc si l’autre ne fait pas ou ne dit pas ce que nous attendons, si cela nous fait souffrir, ce n’est pas lui la cause de notre douleur mais la manière dont nous établissons notre relation avec lui.

Vous l’aurez compris, l’attachement n’est pas le ciment de l’amour mais un tue-l’amour.


L’AMOUR

Alors que l’attachement est issu de la raison, l’amour vient du cœur, il ne cherche pas la rationalité, il n’est pas source de sérénité, il n’est que spontanéité. L’amour véritable n’a pas besoin de réponse à « pourquoi ? ». Si nous sommes capables de dire pourquoi nous aimons l’autre c’est de l’affection, de l’attachement mais sûrement pas de l’amour.

Cet amour véritable, prend sa source dans le non-attachement à l’autre. C’est désirer le bonheur de l’autre et non pas le sien propre. C’est une démarche difficile, qui demande du courage car c’est ne pas répondre à son besoin de sécurité. Comment s’y prendre ? Déjà en ne rendant par l’autre responsable de ses difficultés, de ses souffrances, de ses frustrations… Cette posture va peu à peu nous amener à faire grandir notre amour de l’autre et des autres. Et s’il nous arrive de penser « j’ai l’impression que ma démarche est à sens unique » (oui oui ça va nous arriver des tas de fois !) c’est un signe que nous ne sommes pas complètement guéris des liens de l’attachement…

Laissons à l’autre sa liberté, celle d’être différent de nous. Accueillons cette différence comme une richesse, acceptons-le sans conditions, ne cherchons pas à le changer, sortons du « je l’aime mais… ». Ce « mais » c’est de l’amour égoïste. Cherchons plutôt à le comprendre, nous saurons ainsi vivre un amour renouvelé au quotidien.

Le non-attachement c’est ne pas nourrir d’attentes de l’autre, ne pas lui imposer d’exigences (d’ailleurs exiger c’est se croire parfait !) car elles emprisonnent la relation et sont à la base des conflits. Notre erreur est d’être focalisé sur la façon dont nous allons obtenir de l’amour plutôt que d’en donner. La clé : donner sans rien attendre en retour.

Laissons l’autre aller sur son propre chemin, laissons-le « être » tout simplement. Les occasions ne manquent pas dans une journée pour offrir cette liberté à l’autre. Au lieu de rechercher une posture que nous croyons rassurante à travers le contrôle, prenons le risque d’autoriser, de tolérer, d’accepter. En laissant à l’autre la possibilité de suivre son chemin, nous pouvons nous aussi librement poursuivre le nôtre vers le non-jugement et la spontanéité. Cette attitude nous amène à ressentir l’amour dans notre cœur.

Par cette démarche nous n’éprouvons aucun manque et l’autre non plus, nous nous suffisons à nous-mêmes, nous commençons à nous aimer, vraiment. Cet amour de soi nous aide à cesser les bavardages intérieurs destructeurs (on appelle ça « le cheval fou » dans les arts martiaux) pour cultiver la paix et le silence intérieurs.

« J’existe comme je suis, cela suffit.
Si personne d’autre au monde n’en est conscient, je suis content.
Si tous en sont conscients, je suis content »
Walt Whitman

Alors que l’attachement engendre et se nourrit de la souffrance, l’amour engendre et se nourrit de la joie. Réjouissons-nous de l’amour de l’autre et disons-lui… MERCI !

L’amour n’a pas de forme, il peut donc durer à l’infini. Comprendre cela fortifie, transcende par delà la mort. Je viens de perdre un être cher, un modèle d’amour véritable. Je sens que son amour existe toujours et continue de m’entourer, je ressens un supplément de force. Mais cela demande de croire en un chemin, notre chemin pour que celui-ci s’ouvre à nous…

« Vous êtes la source de l’amour, d’un amour surabondant » – Deepak Chopra


J’ai longtemps confondu l’attachement et l’amour et je me trompe encore trop souvent de route. Mais j’essaie…  L’exemple des autres me nourrit pour tenter de faire mieux.  Alors plus nous serons nombreux à « essayer », plus nous y parviendrons.