J’AI PAS LE TEMPS !

Bruno est chef d’entreprise, il se démène comme un fou pour faire prospérer son business et être présent aussi dans sa vie de famille. Il souhaite des conseils pour développer encore davantage son activité pro, il veut de meilleurs résultats, il veut réussir. Et pourtant la consultation du Yi Jing (Classique des changements) lui conseille de lever le pied pour des questions de santé.

Par le passé, j’annulais régulièrement des séances de karaté pour caser des rendez-vous pro. Du coup quand on me disait « on t’a pas vu au karaté lundi » je répondais « ben pas le temps, trop de boulot ! ».

Le cas de Bruno et le mien, vous parlent certainement à vous aussi. On veut tout assumer et on se dit que l’on se reposera quand on aura le temps. C’est à-dire jamais !


LA QUESTION QUI TUE

Que ce soit en accompagnement ou lors de séances de médecine traditionnelle chinoise, lorsque je m’aperçois que j’ai en face de moi une personne surmenée, fatiguée, vidée, je pose la question qui tue : « Est-ce que vous prenez du temps pour vous ? ».

A question qui tue, réponse qui tue : « Ah ben non ! J’ai vraiment pas l’temps là. J’ai déjà des journées de dingue, je vais pas m’en rajouter avec des activités perso ! ».

« J’ai pas le temps » est une variante. Dans la même veine il y aussi   « je voudrais bien mais… ». Et ça donne à peu près ceci :

« Oh j’voudrais bien intégrer les changements nécessaires mais…
… à la maison ça passera jamais,
… c’est vraiment pas le moment, on verra plus tard,
… je n’y arriverai jamais, je l’sais,
… j’ai pas l’énergie !
… je suis trop vieux/vieille,

… c’est trop compliqué ce que vous me demandez ».


C’EST « NON » QUOI !

« J’ai pas le temps » c’est bien pratique. Ce n’est pas notre faute si nous ne pouvons pas faire, c’est la faute du manque de temps. En une petite phrase banale, on s’affranchit de toute culpabilité.

C’est un « non » que nous n’assumons pas. Nous rendons l’extérieur (ici le temps) responsable de notre impossibilité.

Idem avec le « je voudrais bien mais… ». Le « mais » est un « non » déguisé. On cherche un tas d’excuses extérieures qui expliquent pourquoi on ne peut pas faire. Le « mais » crée l’illusion que les changements nécessaires se feront… un jour. On considère ce « mais » comme un délai supplémentaire entre maintenant où rien n’est possible et le jour où tous les voyants seront au vert, à la saint glinglin donc.

« J’ai pas le temps », « je voudrais bien mais… » sont des répliques creuses qui ne leurrent que celui qui les prononce pour se dédouaner, se déculpabiliser, se défausser, se mentir.

Nous rendons l’extérieur responsable de notre intérieur. 

Je ne vous montre pas du doigt, genre moi je suis au-dessus de ça. Non, non, encore aujourd’hui je fais de (très) belles rechutes. Donc je sais de quoi je parle ! Et c’est pour ça que j’avais envie de partager cette réflexion avec vous : Comment mettre en oeuvre les changements nécessaires à l’accomplissement de notre mission de vie ?


UNE QUESTION DE PRIORITE

Le changement nous fout la trouille ? Alors commençons déjà par assumer un vrai « non ».

Si ne je veux pas changer mes habitudes alimentaires, ce n’est pas parce que ce sera compliqué à la maison et que ma famille n’adhèrera pas mais c’est parce que j’ai décidé que ce serait « non », un point c’est tout. Qu’est-ce qui se passe dans ce cas ? Eh bien on arrête de se mettre la pression avec des objectifs de dingue du style « je veux perdre 15 kg en 6 semaines ».

Si on remplace « j’ai pas le temps » ou « je voudrais bien mais… » par « ce n’est pas ma priorité », comment cela résonne-t-il pour vous ? Ne pensez-vous pas que raisonner en termes de priorité nous fait nous sentir plus responsable ? On sort de la culpabilité pour agir en responsabilité.

C’est affirmer sa position et l’assumer pleinement.

Parce que soyons honnêtes, quand une urgence nous tombe dessus, nous trouvons toujours le temps et les ressources pour y faire face. Pourquoi ? Ben parce qu’on n’a pas le choix pardi ! Donc ce n’est pas une question de temps ou d’incapacité mais bien de priorité. Donc bonne nouvelle, c’est nous qui décidons !  Et pas le temps qui passe trop vite ou la situation qui est trop compliquée.


VIVRE ET NE PAS SURVIVRE

Laisser le manque de temps gouverner nos vies crée une hyperactivité qui demande de l’énergie. Or, pour avoir de l’énergie il faut faire des pauses pour se ressourcer. Croire que l’on pourra indéfiniment tirer sur la corde sans qu’elle ne se casse c’est un leurre. Et c’est même pire que ça, c’est se croire éternel car tant qu’il y a de l’agitation on se sent vivant voire immortel. S’arrêter ce serait mourir.

Donc nous avons besoin de faire des pauses, des vraies. Pour être efficace justement, rien de tel que de se créer des bulles d’oxygène. J’ai une bonne nouvelle pour ceux d’entre nous qui culpabilisent à mort de prendre du temps pour eux : c’est reconstituer son énergie vitale car sans elle la machine va se gripper ce qui arrive toujours au plus mauvais moment évidemment. Ca c’est comme quand on tombe en panne de voiture, c’est pas drôle si ça arrive juste à côté d’un garage, c’est mieux d’être dans la pampa et sans réseau !

Courir sans arrêt dans tous les sens pour être sur tous les fronts c’est être dans la survie tandis que prendre du temps pour soi c’est vivre. C’est au choix !

C’est pareil lorsque l’on se sent dépassé par l’ampleur du changement à mettre en place. On veut changer de boulot ou perdre 15kg illico, on vise le sommet de la montagne. Alors c’est sûr qu’il ne nous reste plus qu’à bafouiller un malheureux « je voudrais bien mais… ». Là aussi on est dans la survie et pas dans la vie.


A NOTRE DECHARGE

Ok mais souvent nous sommes conscients qu’il y des lignes de notre vie à bouger, que nous sommes prêts à le faire et pourtant nous ne savons pas par quel bout prendre le problème.

Je vais prendre l’exemple du changement des habitudes alimentaires. Comment voulez-vous prendre une décision quand lorsque vous commencez à vous informer sur le sujet vous entendez et lisez tout et son contraire ?! Il y a ceux qui vous disent de bouffer du laitage en intraveineuse pour avoir du calcium et ceux qui vous disent Ô grand Dieu ( !) de ne surtout pas avaler ce poison. Il y a ceux qui vous disent que vous devez vous bâfrer de crudités riches en vitamines et ceux qui vous disent de manger cuit pour mieux digérer. Et là vous vous dites qu’à part faire une formation sur 6 ans en nutrition, il ne vous reste plus qu’à trimbaler votre frustation comme un boulet.


BESOIN DE COHERENCE

Souvent je me fixe des objectifs ultra ambitieux. Je veux la sérénité d’un moine tibétain qui vit dans une grotte avec une barbe de 300 ans et en même temps je veux accomplir en un temps record « tout ce qu’il y a à faire » ! Cherchez l’erreur…

C’est comme ceux qui veulent se sentir en forme, plein d’énergie et qui se couchent tard et dorment 5 heures par nuit.

Or, nous avons un besoin crucial de cohérence pour avancer avec sens et détermination. C’est ce manque de cohérence qui est source de culpabilité (de ne pas s’y tenir), de découragement et de dévalorisation de soi. Alors revoyons nos objectifs à la baisse et calibrons ensuite nos actions en fonction.


BESOIN DE SINCERITE

J’étais partie pour faire 25 km de ski de fond et finalement je vais me contenter d’en faire 15. Pourquoi ? Pas parce que je n’ai pas le temps d’en faire plus, que je n’ai pas le bon farte ou que la météo est pourrie, même si ces excuses m’auraient permis de me déculpabiliser pour ne pas passer pour une grosse feignasse. Non, je ne vais en faire que 15 parce que j’ai la flemme d’en faire plus. Allez, j’assume ! Du coup, ces 15 km je les savoure, je prends le temps de regarder le paysage, ce petit écureuil qui traverse la piste, cette mamie qui a une technique de malade… Je ne me raconte pas de salade, je suis sincère avec moi-même. Et je me sens bien, en harmonie.


SOYONS BIENVEILLANTS
AVEC NOUS-MÊME

Cette course après le temps pour en faire toujours plus et cet immobilisme face au changement c’est de la maltraitance que l’on s’inflige tout seul. Revoyons nos ambitions à la baisse et notre bien-être à la hausse. Plus on sera posé, reposé, détendu et plus on sera efficace pour avancer dans notre vie avec tous ses aléas. C ‘est ce recul qui permet de poser l’action juste.


UNE QUESTION DE SANTE

Que dit la médecine traditionnelle chinoise ?

A la naissance, nous bénéficions d’un capital énergétique que nous héritons de nos parents. Ce capital est prévu pour durer un cycle de vie, il ne se reconstitue jamais. Ce sont de précieuses réserves à protéger comme la prunelle de nos yeux afin qu’elles ne s’épuisent pas prématurément. Ça s’appelle le JING.

Le syndrome du « j’ai pas le temps » est bien souvent un signe de surmenage. Cette surcharge psychique ou physique est une grosse consommatrice de Sang et de Qi (énergie vitale/souffle de vie). A la longue, ils deviennent insuffisants pour assurer cette suractivité et c’est la fatigue qui s’installe. Alors que fait notre organisme pour continuer d’avancer malgré cette déficience de Sang et de Qi ? Il vient taper dans nos précieuses réserves, notre JING. Vous savez, ce truc qui ne se reconstitue jamais ! Ce JING va donc se transformer en Qi et en Sang pour combler les carences jusqu’à épuisement…

Nous ne sommes pas plus fort que la nature et la nature nous conseille de nous reposer en hiver. C’est un moment pour faire le bilan, prendre du recul et surtout ne pas s’agiter dans tous les sens. Qui prend ce temps l’hiver pour se ressourcer ?

En médecine chinoise respecter les cycles des saisons est essentiel. Ainsi, le changement c’est la vie. Il se traduit par le mouvement perpétuel du Yin et du Yang. Dans la première illustration ci-dessous vous voyez que dans le yang (en blanc) il y a un peu de yin et que dans le yin (en rose) il y a un peu de yang.

Au fil du cycle de la vie, peu à peu, le yang (en blanc) se transforme en yin (en rose) et inversement. C’est un mouvement naturel et incessant rythmé par les saisons.

Le yin et le yang représentent la vie. Ne pas être en phase avec ce mouvement est contre nature. Résister à la nécessité de changement c’est se mettre dans une posture de contrôle. C’est perdre de l’énergie inutilement. Cette énergie doit être utilisée à accompagner la transformation. Et on en a sacrément besoin car toute métamorphose est difficile. Le parcours est émaillé de peurs et de doutes. Les montagnes russes quoi ! Mais rassurez-vous, s’évertuer à ne rien bouger c’est au final bien pire.


ALORS, OUBLIEZ LE RESULTAT !

Souvent ce qui nous empêche d’avancer et nous contraint à chercher des excuses pour ne pas faire c’est la quête du résultat, l’injonction de la réussite. « Echouer ? Non mais ça va pas !? ». Et pourtant, viser la victoire c’est tellement décourageant ! Alors du coup, on passe plus d’énergie à justifier pourquoi on ne peut pas faire qu’à chercher des solutions pour avancer. Avouez que c’est un peu con, non ?

Vouloir atteindre le résultat nous prive de l’essentiel : des étapes qui nous y conduisent. Un Rinpoché appellerait ça « le chemin ».

Par exemple, vouloir perdre 15 kg n’a pas de sens, il ne suffit pas de dire « c’est décidé je fais un régime ». Parce que nous savons tous qu’un régime ne dure qu’une période et qu’ensuite, même en mangeant des portions de lilliputiens, nous reprendrons ces kilos avec le petit bonus d’un ou deux kilos en cadeau de fidélité.

Si au lieu de cette quête de résultat, nous nous reconnections à notre corps ?

« Suis-je fatigué, ballonné après les repas ? M’arrive-t-il d’avoir des douleurs au niveau de l’estomac, de l’abdomen ? Est-ce que par moment je me sens gonflé ? Ai-je des fringales sucrées ? Est-ce que je prends facilement du poids ? Ai-je les extrémités et/ou le ventre froids ? Etc…»

Ces symptômes sont le signe d’une digestion difficile. Vouloir perdre du poids dans ce cas relèverait de l’exploit ou d’une privation inhumaine. Le premier objectif est donc d’avoir une bonne digestion. Quand on digère bien, on est en forme et si on a des kilos en trop on va les perdre tranquillement et durablement. Décider d’améliorer sa digestion c’est revoir sa façon de manger, de bouger, de penser, de vivre. C’est sortir de la culpabilité (« il faut que je perde 15kg ») pour agir en responsabilité (« je veux me sentir en forme, bien dans ma peau de façon durable »). Pour cela il va falloir se mettre en chemin pas à pas.

Autre exemple : vouloir changer de job parce que l’on se sent mal dans son travail actuel. Quel est le projet ? Fuir ? Alors qui nous dit que ce sera mieux ailleurs ? Personne. En revanche, se poser des questions, sur ce qui nous donne envie de nous lever le matin (ou pas !), sur ce qu’il manque dans notre job actuel pour y être bien, nous permettra d’identifier nos aspirations profondes, ce qui résonne et vibre en nous. Je vous dis ça là vite fait, mais cette étape prend du temps, elle doit murir et se nourrir de ce que nous sommes au plus profond de notre être. C’est être capable de répondre sans hésitation à la question « qui suis-je ? »Tout un programme ! Mais le jeu en vaut vraiment la chandelle car ensuite, chercher un nouveau poste aura du sens.

Alors quel que soit le projet, ne visez pas le podium. Vous valez bien plus qu’une victoire !


L’ACTION JUSTE

Etre soi, ne pas se laisser guider par la voie standard de la réussite, permet ensuite d’aller plus loin. C’est pouvoir, tel le samouraï, poser une action juste.

L’action juste est celle qui se réalise au moment opportun, ni trop tôt ni trop tard. Sinon, c’est une perte d’énergie car l’action ne sera pas profitable.

Mais comment savoir quand agir ? En écoutant son intuition.
Et comment écouter son intuition ? Je vous le donne en mille ! En se ménageant des temps de pause, des journées off, que pour soi. Parce que dans le tumulte de nos vies, l’intuition ne peut s’exprimer, elle sera comme verrouillée. Du coup, c’est le corps qui va parler, il va somatiser.

Donc grâce au lâcher-prise, l’intuition va pouvoir s’exprimer et nous guider pour prendre la juste décision. Plus nous créons les conditions favorables pour que notre intuition se manifeste et plus nous affûterons notre capacité à la percevoir et l’écouter.


DU COURAGE AUSSI

Dire « voilà ma priorité ! » c’est vivre, vraiment.

Affirmer et assumer ses priorités va certainement bouleverser les us et coutûmes de votre entourage, c’est une étape courageuse.
Préparez-vous aux remarques du style : « Quouaaah ?! Tu ne peux pas t’occuper des courses alors que t’as du temps pour t’amuser ? ». Oui, pour la plupart, ne vous attendez pas à avoir les encouragements et encore moins les félicitations ! Il va vous falloir beaucoup de courage pour ne pas laisser la culpabilité prendre le dessus et tout laisser tomber,… VOUS laisser tomber.

Nous sommes tous dotés d’une force intérieure incommensurable. Si si ! Et il est essentiel de l’exercer au quotidien pour qu’elle puisse être plus facilement mise en oeuvre les jours de tsunami.

C’est ce qui nous permet d’aborder les chocs avec courage et détermination.

Certains parlerons de l’importance de quitter sa zone de confort. Moi je préfère l’idée d’aller vers son ESPACE DE VIE. Qu’est ce que ça signifie contrètement ?
C’est lâcher les watts, vivre à la folie pour devenir vivant. Lorsque l’on a senti le souffle glacé de la grande faucheuse, la vie prend une autre saveur. On ne se contente pas de la surface, on a soif de profondeur.
Il est urgent de vivre, de ne pas bouder son destin mais de l’empoigner de toutes ses forces et de toute son âme.

Tenez bon, ne retournez-pas en mode « survie ». Choississez la Vie.

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4 Commentaires
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Joël JEULIN

Etre dans l’instant,tout simplement…. ici et maintenant, c’est avoir le temps de vivre au présent. Et on a le temps…Merci Patou d’être TOI. Bises +++

franzoni gabrielle

Tellement vrai ! Rien à ajouter …
il faut savoir replacer les temps de pause, de ressourcement et de réflexion dans la liste des choses importantes à planifier en priorité: cela doit faire partie de notre hygiène de vie, question de survie !